Lutte contre le Covid-19 : des éclairages de Dr Koffi Didier ½

Article : Lutte contre le Covid-19 : des éclairages de Dr Koffi Didier ½
6 avril 2020

Lutte contre le Covid-19 : des éclairages de Dr Koffi Didier ½

Le Covid-19 est une pandémie qui fait couler beaucoup d’encre et de salive. Depuis son apparition, beaucoup de choses sont dites et écrites, aussi bien par des spécialistes que par des profanes. Il devient donc de plus en plus difficile de faire la différence entre les « bonnes » informations et les « mauvaises ». Dans cette interview, Dr Koffi Didier, médecin santé publique et médecine préventive, nous éclaire davantage sur quelques aspects de cette maladie, notamment l’utilisation de la chloroquine comme traitement.

La chloroquine, pourrait-elle aider les pays africains à faire face au coronavirus ?

Pour que je puisse affirmer avec certitude que la chloroquine peut aider les pays africains à faire face au coronavirus, il faut qu’il y ait au préalable un essai clinique.

C’est quoi l’essai clinique ?

On le fait pour tout médicament qui doit être mis sur le marché. On prend deux groupes de sujets malades. Ils sont triés de façon aléatoire. Il est primordial que l’essai soit randomisé. On définit le nombre de sujets à inclure par un test statistique pour que l’échantillon choisi soit représentatif de toute la population concernée. D’emblée, on ne peut pas savoir à qui on donnera la chloroquine et à qui on donnera un autre médicament. Cet autre médicament peut être un placebo, c’est-à-dire sans effet thérapeutique. Par la suite, on donne la chloroquine à un groupe de patients appelé les cas, et à l’autre groupe appelé placebo. Mais aucun des groupes ne connait la nature du médicament de l’autre groupe : c’est un essai en simple aveugle. Parfois même, les soignants ne connaissent pas la nature des médicaments donnés : dans ce cas, c’est un essai en double aveugle. On observe les deux groupes sur un certain temps pour voir qui est guéri et qui ne l’est pas. Si  les sujets qui ont reçu la chloroquine guérissent et ceux qui ne l’ont pas reçue ne guérissent pas, on peut en déduire que la chloroquine est efficace. Par contre, s’il y a autant de guérisons de part et d’autre, en ce moment, on peut dire que la chloroquine n’a pas grand effet sur la maladie, car on peut guérir qu’on la prenne ou non. Donc, c’est seulement sur cette base qu’on pourra affirmer que la chloroquine est efficace ou pas, dans le cas présent.

Mais vu l’urgence sanitaire, que proposez-vous ?

Dans l’urgence, on peut mettre certains patients sous chloroquine. Mais on ne mettra pas tout le monde sous chloroquine, parce que, même si on le voulait à l’heure actuelle, ce n’est pas évident qu’on ait suffisamment de chloroquine pour tout le monde. Étant donné que des gens ont fait déjà des tests, même si ce n’est pas à grande échelle,  et qu’ils ont affirmé qu’il y a des effets positifs, ça ne nous coûte rien d’essayer, surtout que la chloroquine n’est pas toxique. On l’a utilisée pendant des années pour traiter le paludisme. Soit on fera un traitement à l’abus, c’est-à-dire un traitement qui n’a pas sa place, mais qui ne fera pas de tort à l’être humain. Soit on laisse tomber et ce sera le chaos. On pourra faire un essai empirique sur le terrain parce qu’on n’a pas d’autre solution ; autant le faire pour voir. Si ça marche, tant mieux ; si ça marche on va continuer de chercher d’autres solutions.

Partagez

Commentaires