Lutte contre le Covid-19 : des éclairages de Dr Koffi Didier 2/2

Article : Lutte contre le Covid-19 : des éclairages de Dr Koffi Didier 2/2
9 avril 2020

Lutte contre le Covid-19 : des éclairages de Dr Koffi Didier 2/2

Dans cette seconde partie de son interview, Dr Koffi Didier, médecin santé publique et médecine préventive, nous partage des informations utiles sur la maladie à Covid-19.

Avec l’annonce du traitement à la chloroquine, beaucoup d’Africains se sont tournés vers les feuilles de neem à titre préventif. Cette plante, est-elle efficace contre le coronavirus ?

Les gens font une confusion. Ils pensent que tout médicament qui, comme la chloroquine, est utilisée pour traiter le paludisme, pourrait également traiter le coronavirus. Et comme la quinine est extraite des neem, ils font rapidement le lien en voulant utiliser les feuilles de neem pour le traitement du coronavirus.  Or, la quinine est une autre famille de médicament. Les médicaments sont rangés en familles. La quinine est un autre antipaludéen, différent de la chloroquine. Il ne s’agit pas de prendre n’importe quel médicament contre le paludisme pour se l’administrer comme traitement du coronavirus, mais c’est de prendre surtout de la chloroquine. La chloroquine en réalité est utilisée pour soigner le paludisme et elle est prescrite pour le traitement d’autres maladies. Il y a des maladies pour lesquelles on prescrit de la chloroquine, mais pas à grande échelle comme pour le paludisme. Les feuilles de neem et autres ne peuvent pas protéger contre le coronavirus ni le traiter.

En Afrique, plus particulièrement en Côte d’Ivoire, avec le phénomène de « médicaments de la rue », ne doit-on pas craindre  la vente ou l’utilisation non médicalisée de la chloroquine ?

C’est possible, mais nous sommes unanimes que l’Afrique est désarmée face à cette pandémie. Il s’agira pour nos gouvernements de pouvoir canaliser les choses en donnant gratuitement de la chloroquine aux sujets malades. De sorte que les gens ne soient pas tentés, par manque de moyens, d’aller prendre d’autres médicaments non conventionnés. Il faut que les autorités prennent le devant et annoncen’y la gratuité de la chloroquine pour tous les malades. Ainsi, les gens n’iront pas vers « les médicaments de la rue » . Ils n’auront qu’à prendre de façon gracieuse les médicaments que l’État aura mis à la disposition des personnes malades.

Selon vous, pourquoi l’Afrique subsaharienne qui a mené une belle riposte contre Ebola, n’a pas su éviter le coronavirus ?

Ce qui nous arrive aujourd’hui est en partie imputable à nos dirigeants. Ebola, on le sait, est bien plus mortel que le coronavirus.  Si nos gouvernants avaient pris des mesures rigoureuses, c’est-à-dire sans état d’âme, face à l’ampleur de situation, on serait plus ou moins épargnés du coronavirus, ou à la limite mieux préparés pour y faire face. Nos États devraient, dès le début de la maladie, mettre en place le confinement. Pas celui des populations, mais celui du pays. Les vols internationaux des pays où la maladie sévissait déjà ne devraient pas être acceptés. On devrait mettre en place une mesure de quarantaine assez stricte et rigoureuse de sorte que tous ceux qui rentraient dans le pays y soient automatiquement soumis, pendant les quatorze jours. Mais, malheureusement, nos dirigeants ont regardé les choses se dérouler. C’est la même chose qui continue aujourd’hui avec le confinement de la ville d’Abidjan annoncé pour le jeudi 26 mars 2020, et qui a été décalé au dimanche 29 mars 2020. Soit on pense aux conséquences économiques du confinement et on ne l’applique pas. Soit on pense à l’état de santé de la population et on l’applique. Et après, on gère l’aspect économique, comme, l’ont fait les pays européens qui décaissent de l’argent pour faire face au manque économique que va générer le confinement. Mais notre État et nombre d’autres États africains, a du mal à se décider, compte tenu de la fragilité de leurs économies. On hésite toujours. Et cette hésitation pourrait inéluctablement nous être fatale.

Tentons vers l’accalmie ou doit-on craindre comme annoncé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ?

Je ne pense pas qu’on soit mal partis. Quand on regarde la configuration des États africains et celles des États européens, la grande différence est liée à l’âge de nos populations. Les populations africaines sont en majorité, à plus de 50 %, jeunes. Les moins de 35 ans constituent plus de la moitié de la population des pays africains. Cette population est supposée être en meilleur état de santé que les populations vieillissantes de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique. Jusque-là, c’est vrai que la maladie peut contaminer tout le monde, mais elle est létale pour les personnes d’un certain âge (les plus de 60 ans). Voici pourquoi il y a beaucoup qui décèdent en Europe. La catastrophe que craint l’OMS est liée au fait que beaucoup d’Africains seront touchés, parce que nous n’avons pas pris les mêmes mesures de protection et de confinement que les autres pays. Mais, pour les raisons su-évoquées je reste optimiste qu’il y aura moins de décès en Afrique en général, et chez nous en Côte d’Ivoire en particulier. […] Il n’y a pas lieu de tomber dans le pessimisme. Tout ce qu’on doit faire, c’est de surtout observer l’autoconfinement. Qu’on reste chez soi et surtout qu’on observe les mesures de protection, notamment se laver régulièrement les mains, éviter de serrer la main, tousser dans le coude, éviter le monde. Cela va réduire le nombre de contaminés. Mais je suis persuadé qu’on n’aura pas autant de morts que dans les autres pays.

Merci, Docteur !

C’est moi.  

Lire l’integralité de l’interview le samedi 11 avril 2020 à 08 h 00

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