Makaveli, le photographe qui « imagine » les images…

Article : Makaveli, le photographe qui « imagine » les images…
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27 novembre 2019

Makaveli, le photographe qui « imagine » les images…

Il est philosophe de formation, mais sa passion c’est la photographie. Le Malien Traoré Ousmane, alias Makaveli, est tellement heureux de cette passion qu’il lui accorde de plus en plus de place… la photographie prend l’ascendant sur ses autres activités et sa maîtrise n’est plus à prouver. Les prouesses qu’il réalise quotidiennement avec son appareil photo en sont la parfaite illustration. Dans ses photographies, on note toujours un clin d’œil appuyé aux femmes… Interview.

Comment vous est venue cette passion pour la photographie ?

Tout a commencé lorsque je devais assurer la communication d’une campagne électorale ; j’ai beaucoup travaillé avec des photographes. C’est à ce moment que j’ai réalisé la puissance et l’impact que peut avoir une image. Après, je me suis rendu compte que j’avais du mal à trouver de bonnes images pour illustrer mes articles ; j’ai donc décidé de faire des photos moi-même. C’est alors que j’ai compris qu’une photo était aussi expressive qu’un article ou qu’une vidéo. J’ai réalisé qu’avec les photos, je pouvais valoriser l’image galvaudée de mon pays.

La photographie, pour moi, est l’expression de la résistance, la résistance des citoyens qui, nonobstant la crise sécuritaire, la précarité, se battent avec honneur et sourire.

Quand et où avez-vous commencé à faire de la photographie ?

C’est venu petit à petit, j’ai commencé un peu au début de l’année 2019 ; mais avant, je faisais déjà beaucoup de photos avec mon téléphone. Je capturais tout ce que ce je voyais en ville, partout où j’allais. Puis j’ai été encouragé par Georges Attino, un ami photographe, qui m’a beaucoup inspiré ; Madame Habibatou Gologo m’a aussi beaucoup encouragé, elle m’a poussé à me professionnaliser. 

Où puisez-vous vos inspirations ? 

La photographie, c’est la surprise. Il faut être curieux, avoir les yeux ouverts sur toutes les choses et cliquer. On sera nous-même toujours surpris du résultat. Alors, tout m’inspire, je m’inspire de tout. Je n’attends plus l’inspiration, c’est elle qui me trouve. 

Voulez-vous bien décrire votre routine avec votre passion qu’est la photographie ?

Makaveli

À chaque fois que je sors, je suis toujours prêt à photographier, soit avec mon téléphone, soit avec mon appareil photo quand je le prends avec moi. Je projette de faire bientôt le tour du Mali et de photographier tout ce qu’il a de beau. C’est le projet sur lequel je travaille actuellement. 

Quel est le fait qui vous a le plus marqué dans l’exercice de votre passion ? 

À chaque fois qu’une personne m’appelle pour me demander l’autorisation d’utiliser une photo dans un article ou autre chose, je suis heureux. Je réponds toujours que mes images sont libres et gratuites. Nombre de personnes, à travers mes photos, me font part de leur volonté de visiter le Mali.

La photographie est-elle juste une passion ou en comptez-vous en faire votre métier ?

C’est avant tout ma passion ; mais, de plus en plus, on fait appel à mes services. Je pense que je vais créer une agence (rires). Je trouve que, dans notre contexte, la photo est utile, elle a son rôle à jouer. La photographie raconte l’histoire du présent et sauvegarde notre mémoire pour la postérité. La photo aussi, comme tout art, dénonce, encourage et propose des alternatives. Nos clichés sont des réponses aux discours dépréciatifs, pessimistes sur le Mali et sur l’Afrique.

Pensez-vous que la photographie « nourrit son homme » ? Peut-on vivre de la photographie au Mali ?

Oui et non. On prend de plus en plus conscience de l’importance de l’image et beaucoup d’entreprises d’organisation font appel aux photographes. Mais, dans un pays comme le Mali, cela demande beaucoup de courage. Les personnes qui font appel à nous sont très souvent des ami·e·s ou des proches qui souhaitent un service gratuit ou bradent les prix généralement. Et très souvent, ils ne sont pas bons payeurs.  Rares sont les Maliens qui iront voir une exposition photo. Il serait grand temps que nous valorisions nos artistes, que nous les respections. Un photographe hors pair Malick Sidibé a, toute sa vie, immortalisé et magnifié le Mali. Mais, il n’a été considéré à la valeur de son travail que lorsque les Occidentaux ont découvert ses œuvres.

Dans vos photos, on voit très souvent des femmes en activité. Quel est le message que vous souhaitez faire passer avec ces images ?

Les femmes restent pour moi le plus bel exemple de courage et d’abnégation. Quand on parle du travail des femmes, on oublie souvent nos mamans au marché, dans les champs. Pourtant, au coin de la rue, ce sont elles qui font vivre le Mali. Malgré cela, les aides à l’entrepreneuriat ne les concernent pas. Elles reçoivent peu d’aide et pas de formation. Mais elles continuent, elles tiennent quand même ! Pour moi, c’est le plus bel exemple de bravoure, d’intégrité.

Makaveli


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